Alexandre Rodde, chercheur et consultant spécialisé sur les questions de terrorisme et de tuerie de masse.
Alexandre Rodde propose une analyse fine des dynamiques sécuritaires françaises, dans un contexte de menaces terroristes continues.
Les attentats du 13 novembre 2015 ont provoqué un véritable électrochoc au sein des forces de sécurité et de la Chancellerie. Ils ont conduit les autorités françaises à engager des refontes structurelles majeures afin de faire face à la menace terroriste. Alexandre Rodde, spécialiste des questions de terrorisme et de tuerie de masse, revient sur les dynamiques sécuritaires et juridiques mises en œuvre au lendemain de ce qui demeure l’attentat djihadiste le plus meurtrier jamais commis en France. À partir d’une articulation constante entre analyse théorique et pratique de terrain, il éclaire les transformations profondes des dispositifs de lutte antiterroriste. Il dresse un état des lieux de la menace terroriste et examine la manière dont les forces de l’ordre y répondent concrètement. Cette analyse rappelle surtout que, même si ses formes ont évolué, les menaces terroristes, et plus particulièrement le djihadisme, n’ont pas disparu et continuent de structurer durablement les politiques de sécurité intérieure.
Pouvez-vous présenter votre parcours et expliquer ce qui vous a conduit à travailler sur le terrorisme, et plus particulièrement sur le djihadisme ?
J’ai terminé mes études à Washington en octobre 2015, par l’obtention d’un diplôme de droit de la sécurité intérieure et de relations diplomatiques américaines. Dans ce cadre, j’ai également effectué un stage à l’ambassade de France, auprès de l’attaché de sécurité intérieure.
Je suis rentré en France en novembre 2015. Cette date n’est évidemment pas anodine. Il y a donc une conjoncture très particulière. Les sujets sur lesquels j’avais travaillé jusque-là de manière académique deviennent brutalement une réalité opérationnelle et humaine, avec une intensité extrêmement forte.
On vivait alors une période très spécifique, entre janvier 2015 et septembre 2016. Sur cette période, on a une succession d’environ vingt attaques sur vingt-et-un mois, avec un bilan humain particulièrement lourd.
C’est dans ce contexte que j’ai ressenti le besoin de m’engager autrement. J’ai commencé ma carrière professionnelle en rejoignant la réserve de la gendarmerie, ce qui a été une étape très importante pour moi. Je ne voulais pas rester uniquement dans une posture de commentaire ou d’analyse à distance. Commenter le sujet est intellectuellement intéressant et nécessaire, mais cela me paraissait insuffisant.
Progressivement, j’ai développé plusieurs activités de recherche, de conseil pour des institutions publiques et des entreprises privées, mais aussi de l’action directe auprès des forces de sécurité intérieure. Cela a commencé avec la gendarmerie, puis la police environ un an plus tard, et ensuite, de manière plus progressive, les services d’incendie et de secours, notamment les sapeurs-pompiers.
Ma spécialisation sur la question des tueries de masse s’est construite de manière assez spécifique. C’est un sujet de niche, il faut le reconnaître. Mais après le 13 novembre 2015, il y a eu un immense questionnement interne dans les forces de sécurité, accompagné d’une réforme profonde du schéma d’action et d’intervention. On changeait de doctrine, d’équipement, de posture, sans pour autant avoir une connaissance très fine de la matière.
À ce moment-là, en tant que chercheur mais aussi praticien, j’avais moi-même énormément de questions. Et ces questions étaient partagées par des policiers et des gendarmes de terrain, notamment au niveau local. Plusieurs m’ont dit très clairement : « on connaît mal la tuerie de masse, on vient de changer de doctrine, on vient de changer d’équipement, mais on manque de recul et de compréhension. »
Une unité locale de gendarmerie m’a contacté en premier. Ils avaient lu un article que j’avais écrit et souhaitaient aller plus loin. Plutôt que de faire une simple présentation académique, je leur ai proposé de monter un programme de formation, de travailler sur des études de cas, de penser la matière autrement, en croisant les approches théoriques et opérationnelles.
Le retour a été très positif. Le bouche-à-oreille a ensuite fonctionné, d’abord localement, puis à des niveaux de plus en plus élevés. J’ai été sollicité par différentes unités, puis par différentes institutions, au point que ce travail sur la tuerie de masse est devenu une part centrale de mon activité professionnelle.
Depuis une quinzaine d’années, comment la France a-t-elle fait évoluer ses outils de lutte contre le terrorisme ? Plus précisément, comment les forces de sécurité intérieure ont-elles adapté leurs doctrines et leurs réponses opérationnelles ?
On a connu en France une évolution extrêmement rapide et particulièrement profonde à partir du 13 novembre 2015. Je pense que c’est une évolution sans équivalent dans l’histoire récente des forces de sécurité intérieure françaises, en tout cas sur un laps de temps aussi court.
L’attaque du 13 novembre correspond à ce qu’on appelle une attaque de type fedayin. On a plusieurs auteurs, équipés d’armes d’épaule et de gilets explosifs, qui attaquent de manière coordonnée une grande zone urbaine, avec plusieurs équipes, sur plusieurs sites, quasiment simultanément. En l’occurrence, trois équipes, trois zones principales. C’est un schéma qui inquiétait depuis longtemps les forces de police occidentales, mais qui, jusqu’alors, n’avait jamais été concrétisé dans le monde occidental.
Il existait un précédent, celui de l’attaque de Mumbai en 2008. C’est une attaque très comparable dans sa structuration, qui avait fait 166 morts et pris totalement de court les forces de sécurité indiennes. Cet événement avait servi d’électrochoc pour un certain nombre de forces occidentales, notamment les Américains et les Britanniques, qui avaient beaucoup fait évoluer leurs méthodes après Mumbai. La France aussi avait entamé des réflexions, notamment à travers la réforme de la Force d’intervention de la police nationale (FIPN).
Malgré ce retour d’expérience, ce type d’attaque restait, pour beaucoup, quelque chose qui ne pouvait arriver hors du monde occidental. Les attentats à Paris ont démontré que ce schéma était non seulement possible, mais qu’il pouvait produire un effet de surprise massif et un bilan humain extrêmement lourd au cœur d’une grande métropole occidentale.
À partir de là, le constat est clair, en France comme chez nos alliés, le schéma national d’intervention tel qu’il avait été conçu ne fonctionne pas face à ce type de menace. Une nouvelle dynamique de réadaptation de la réponse opérationnelle se met en marche.
À partir de l’été 2016, on engage une réforme en profondeur du Schéma national d’intervention (SNI). Cette réforme repose sur plusieurs piliers majeurs.
Le premier changement est doctrinal. On part du principe que ces attaques sont extrêmement rapides. On est sur des temporalités très courtes, souvent entre 0 et 15 minutes. Dès lors, on ne peut plus se permettre d’attendre l’arrivée des unités spécialisées - le RAID, la BRI ou le GIGN - qui interviendront dans un second temps. Il faut être capable d’engager immédiatement les primo-arrivants, c’est-à-dire les policiers de commissariat, les gendarmes de brigade, les patrouilles de terrain.
On leur assigne alors deux priorités très claires. La première, c’est de neutraliser ou, à défaut, de fixer l’auteur de l’attaque. La seconde, c’est de sauver un maximum de vies. Il faut permettre l’évacuation, sécuriser les zones, faciliter le travail des secours, pratiquer le secourisme de combat si nécessaire.
C’est un bouleversement majeur. On demande à des unités généralistes, par principe, de se comporter comme des spécialistes de la tuerie de masse, de s’engager face à un danger extrême, avec un risque personnel très élevé. C’est probablement le changement le plus structurant de cette réforme.
Ce changement doctrinal s’accompagne immédiatement d’une évolution massive de la formation. Les policiers et les gendarmes sont désormais formés beaucoup plus régulièrement à la tuerie de masse. C’est un domaine sur lequel j’interviens moi-même pour la police et la gendarmerie. On ne peut pas demander ce type d’engagement sans un entraînement spécifique, récurrent et réaliste.
Mais la doctrine et la formation ne suffisent pas. Il a fallu faire évoluer très fortement l’équipement. On ne peut pas espérer engager des primo-arrivants face à des terroristes armés de fusils d’assaut - comme ce fut le cas le 13 novembre - avec des équipements pensés pour des situations plus classiques.
On a donc doté les forces de sécurité d’armes longues. Des fusils d’assaut sont fournis aux unités de niveau 2, en supplément des pistolets mitrailleurs. Les brigades anticriminalité (BAC) et les pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG), sont équipés de HK G36. On généralise également les protections balistiques lourdes pour l’ensemble des effectifs, avec des plaques de niveau 4, et des casques lourds permettant un engagement prolongé.
Parallèlement, on crée et on renforce un certain nombre d’unités. On voit apparaître les antennes GIGN et les antennes RAID sur le territoire, mais aussi la montée en puissance et la densification des PSIG, ainsi que la création des « PSIG Sabre ». L’ensemble s’accompagne d’un recrutement massif pour faire monter les effectifs en compétence.
Ce plan est mis en place très rapidement. Il est globalement très bien conçu. J’ai eu de nombreux retours de policiers et de gendarmes qui m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu une telle transformation de leur institution sur un temps aussi court. En quelques mois, on change radicalement la manière dont la France répond à la tuerie de masse, qu’elle soit terroriste ou non.
À cela s’ajoute le plan de sécurité intérieure, avec un engagement financier considérable. On parle d’un plan d’environ 233 millions d’euros, déployé sur une période très courte, pour transformer en profondeur les capacités opérationnelles.
Depuis, il y a bien sûr eu des ajustements et des évolutions. En général, ces évolutions interviennent après des crises. Mais il est important de souligner qu’on n’a pas connu, depuis 2015-2016, un bond équivalent. À cette période, on faisait face à une menace exceptionnelle, et il fallait une réponse exceptionnelle. Aujourd’hui, l’évolution est plus progressive, fondée sur des retours d’expérience et des réflexions continues.
Du point de vue sécuritaire et opérationnel, la France est-elle aujourd’hui perçue comme un modèle en matière de lutte antiterroriste ? Quelles sont, selon vous, les spécificités françaises, mais aussi leurs limites ?
Je pense qu’il faut répondre à cette question de manière nuancée. Quand on se compare à d’autres pays, on voit clairement qu’il existe en France une compétence très solide sur la lutte contre le terrorisme. Et ce, à tous les niveaux. Cela concerne aussi bien la connaissance des réseaux, la capacité d’arrestation, le renseignement, que la réponse opérationnelle aux attaques.
Sur le plan strictement opérationnel, la réponse française est de très bon niveau par rapport à ce qu’on peut observer à l’étranger. Les forces françaises ont accumulé une expérience importante, liée au nombre et à la diversité des attaques auxquelles elles ont été confrontées. Peu de pays occidentaux ont fait face à une telle intensité de la menace sur une période aussi longue.
En revanche, l’une des grandes limites françaises, et c’est un point sur lequel j’insiste souvent, c’est notre difficulté à transmettre cette expérience à l’étranger. On a énormément de données, de retours d’expérience, de connaissances, mais elles sont très mal diffusées hors de l’Hexagone.
Je le constate régulièrement, parce que j’ai la chance d’avoir un pied dans les deux mondes. Quand on participe à des conférences à l’étranger avec des praticiens comme des policiers, des militaires, ou des responsables de la sécurité, la connaissance qu’ils ont du niveau réel de la menace française est souvent très limitée. Beaucoup sous-estiment ce à quoi la France a été confrontée.
Je me souviens par exemple d’échanges avec des policiers britanniques qui évoquaient le risque de menace interne aux forces de sécurité, c’est-à-dire le cas d’un policier ou d’un gendarme radicalisé. Je leur ai alors rappelé que nous avions connu un cas extrêmement grave en France avec Mickaël Harpon. Cet agent radicalisé a assassiné quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019, à la préfecture de police de Paris. Ce cas n’a quasiment pas fait l’objet de retours d’expérience diffusés à l’étranger. Il a été très peu documenté hors de France.
Quand j’ai publié, un article pour West Point au mois d’octobre dernier sur les attentats du 13 novembre, j’ai reçu de nombreux messages, notamment en provenance des États-Unis, m’indiquant que c’était la première fois qu’ils avaient accès à un retour d’expérience relativement complet, en anglais, sur les attaques. Avant cela, ils dépendaient de documents fragmentaires.
Même la commission d’enquête parlementaire sur les attentats, qui n’est pas un document parfait mais qui a le mérite d’exister, n’a jamais été traduite. Cela limite considérablement la capacité de nos partenaires à comprendre ce que nous avons vécu, ce que nous avons mis en place, et pourquoi.
Quand on prend le temps d’expliquer l’ampleur de la menace, les réponses apportées, les réformes engagées, les interlocuteurs sont souvent très admiratifs. Mais encore une fois, on a du mal à valoriser cette expérience.
Il faut rappeler quelques ordres de grandeur. La France a connu 62 attentats terroristes en 12 ans. C’est environ trois fois plus que l’Angleterre ou l’Allemagne sur la même période. Depuis 2020, un peu plus de 500 djihadistes sont sortis de prison. C’est un défi sécuritaire absolument considérable, bien plus important que ce que connaissent la plupart de nos partenaires occidentaux.
Cela signifie aussi que nous disposons d’un nombre de cas d’étude exceptionnellement riche. Ces cas permettraient de réfléchir à des bonnes pratiques, à des erreurs, à des ajustements doctrinaux utiles à d’autres pays. Mais une grande partie de cette matière n’est pas partagée.
C’est d’ailleurs pour répondre à ce déficit que le Centre de Recherche de la Gendarmerie nationale (CRGN) publie chaque année un rapport sur l’état de la menace, en français et en anglais. L’objectif est précisément de rendre lisible ce qui se passe en France et de l’expliquer à nos alliés.
Cependant, sur le plan opérationnel, la coopération antiterroriste, fonctionne plutôt bien. Les unités spécialisées - la BRI, le RAID, le GIGN - ont des échanges réguliers avec leurs homologues étrangers. À ce niveau-là, la coopération est réelle et efficace.
Quel est l’état actuel de la menace terroriste en France ? Comment évolue-t-elle depuis ces dernières années ? Avez-vous observé une augmentation des menaces provenant d’idéologies violentes autres que djihadistes ?
Je précise d’emblée que je ne suis pas très à l’aise avec les comparaisons entre menaces comme si elles étaient équivalentes. Elles sont très différentes dans leur nature, leur structuration et leur dangerosité.
Le djihadisme demeure la menace centrale, à la fois en termes de volume, de sophistication et de létalité. Depuis 2012, on compte 271 morts liés au terrorisme djihadiste en France, selon les périmètres de qualification retenus. On est sur un total d’environ 62 attentats, en fonction de ce qu’on inclut ou non dans le décompte. C’est une menace structurée, avec des réseaux, des contacts à l’étranger, une idéologie stabilisée et une capacité de projection violente qui reste sans équivalent sur le territoire français.
À côté de cela, la menace d’ultra-droite existe, mais elle reste très réduite en France, même s’il y a une vraie question autour de la qualification des faits. Si l’on s’en tient strictement aux événements juridiquement qualifiés comme terroristes, le premier attentat mortel d’ultra-droite en France a eu lieu le 31 mai 2025 à Puget-sur-Argens. Un individu, sous l’emprise de l’alcool et après avoir proféré des menaces en ligne, a abattu son voisin musulman et blessé un autre voisin avant d’être interpellé.
Il y a toutefois plusieurs événements antérieurs qui, à mon sens, auraient pu ou dû être qualifiés d’attaques terroristes, mais qui ne l’ont pas été. Je pense notamment à l’attaque contre la mosquée de Bayonne en octobre 2019, avec un départ d’incendie et une ouverture du feu qui a fait deux blessés. On peut aussi citer la tentative d’assassinat de l’imam de Brest en juin 2019.
La base militante de l’ultra-droite reste donc limitée en France, et tant mieux. Cela étant dit, on observe une évolution latente et continue. On voit notamment une présence plus marquée de militants d’ultra-droite dans les contextes de maintien de l’ordre, ce qui est relativement nouveau. On observe également un phénomène d’engagement à l’étranger, en particulier en Ukraine. Un certain nombre de militants sont partis combattre les troupes russes. Il y a d’abord eu des débats internes à la mouvance, mais on observe aujourd’hui globalement un soutien au camp ukrainien contre le camp russe. On est donc face à une menace qui progresse de manière très graduelle, qui reste sans commune mesure avec la menace djihadiste.
S’agissant de l’ultra-gauche, on a affaire à une mouvance qui a adopté une stratégie explicitement formulée par ses propres acteurs. L’objectif affiché est de s’attaquer au « système », en ciblant notamment les infrastructures énergétiques, les transports publics, les télécommunications, les industries. Cela se traduit par une multiplication d’actions clandestines, principalement sous forme d’incendies volontaires et de sabotages.
Il existe un écart entre ce qui est revendiqué et ce que l’on observe effectivement sur le terrain, mais on estime à environ 150 actions revendiquées par an, probablement plutôt entre 200 et 250 si l’on inclut l’ensemble des faits.. Depuis que je tiens des statistiques, c’est-à-dire depuis 2018, je constate que le département le plus touché est de très loin la Haute-Garonne, qui concentre environ 15 % des actions ultra-gauche recensées sur le territoire national. On observe également une évolution, même si elle reste limitée, des violences contre les personnes. Les violences contre les forces de l’ordre en manifestation sont fréquentes et bien connues. En revanche, on voit apparaître davantage d’agressions visant des militants politiques. Il s’agit principalement de militants du Rassemblement national, mais pas exclusivement. Lors de la campagne présidentielle de 2022, des militants communistes ont également été agressés.
Depuis environ deux ans, on observe une diversification plus large de la menace. D’abord, on assiste à une réapparition d’un terrorisme d’État, phénomène que l’on n’avait plus vu de manière significative depuis longtemps. Trois acteurs se distinguent particulièrement : l’Iran, la Russie et l’Algérie. Plusieurs actions violentes ont été déjouées, bien que certaines ont abouti. Les formats sont variés, mais le simple fait de voir réapparaître ce type de menace sur le territoire national constitue une nouveauté notable.
Ensuite, on voit émerger une série d’idéologies minoritaires, parfois floues, pour lesquelles la qualification terroriste pose question. Le débat est légitime, car les catégories juridiques existantes ne sont pas toujours adaptées. L’exemple le plus parlant est celui des « êtres souverains », parfois appelés « citoyens souverains ».
Ce phénomène est né aux États-Unis dans les années 1970 et se diffuse de pays en pays en fonction des crises. Il a évolué lors de la crise agricole américaine des années 1980, s’est implanté au Canada, puis en Irlande lors de la crise économique, et plus récemment en Europe - notamment en France, en Belgique et aux Pays-Bas - à la faveur de la crise Covid.
Ces individus se persuadent que l’autorité politique qui dirige leur pays n’est pas légitime, et tentent de le démontrer par des raisonnements pseudo-juridiques. Aux États-Unis, cela se traduit souvent par l’idée que seule l’autorité du comté est légitime et que le shérif est l’autorité suprême. En France, le discours est moins structuré mais certains éléments reviennent régulièrement, comme l’idée que la présidence française serait une entreprise enregistrée à Washington, que l’État serait dirigé par les États-Unis, et que les gendarmes seraient des mercenaires privés opérant sur le sol français.
Ils développent également toute une série d’arguments juridiques fantaisistes, par exemple en affirmant que les routes départementales seraient des voies privées, rendant les contrôles routiers illégaux. Pris isolément, cela peut prêter à sourire. Mais quand on est convaincu que les forces de l’ordre sont des mercenaires illégitimes, la possibilité d’un passage à la violence devient sérieuse.
On l’a vu à de nombreuses reprises aux États-Unis, où une quarantaine de policiers ont été tués dans un contexte de contrôle routier. On l’a vu en Australie en septembre dernier, avec l’assassinat de policiers lors d’une visite domiciliaire.
En France, cela reste extrêmement minoritaire - on estime à environ un millier le nombre d’individus concernés - mais on a déjà observé des évolutions inquiétantes. En janvier 2025, à Val d'Ajol dans les Vosges, l’interpellation d’un couple se revendiquant de la mouvance « citoyens souverains » a révélé la présence d’armes, de TATP et un projet d’action violente.
Enfin, il faut mentionner les terrorismes indépendantistes, notamment en Corse et en Nouvelle-Calédonie.
Pour conclure sur l’évolution récente, on a observé une baisse des faits en 2024, liée à un effort antiterroriste très important en amont des Jeux olympiques : visites domiciliaires, interpellations, neutralisation de projets. C’est un effet temporaire. En 2025, on observe déjà une remontée des interpellations et des signaux faibles. On est donc sur une menace qui se recompose, se diversifie, mais qui reste bien réelle.
Comment percevez-vous l’évolution des groupes Incel et de l’extrémisme violent nihiliste ? Pouvez-vous définir ces deux catégories ?
Les incels, pour involuntary celibates, ou célibataires involontaires, est un mouvement qui se définit principalement par une haine des femmes, mais aussi des hommes sexuellement actifs. Il faut rappeler que dans les attaques revendiquées ou inspirées par l’idéologie incel, environ la moitié des victimes sont des hommes sexuellement actifs.
Il faut aussi préciser que la majorité des personnes qui se revendiquent de la sphère incel ne sont pas violentes. Ce sont des individus qui se définissent par une incapacité à établir des relations sentimentales ou sexuelles, et qui se rassemblent pour en discuter, partager leurs expériences et tenter de comprendre leur situation. Parmi eux, il existe une minorité très réduite qui considère que cette situation justifie un passage à l’acte violent.
À l’échelle internationale, on identifie deux cas majeurs. Le premier est l’attaque d’Isla Vista, aux États-Unis, en 2014, faisant six morts. Le second est l’attaque de Toronto en 2018, avec dix morts lors d’une attaque au véhicule-bélier. Ces deux cas façonnent largement l’imaginaire violent du mouvement.
La qualification juridique se pose. Est-on face à du terrorisme ou à des crimes de haine ? À titre personnel, j’ai plutôt tendance à considérer que, dans la majorité des cas, il s’agit de crimes de haine. On observe une haine ciblée contre des groupes sociaux, sans véritable projet politique ou de transformation de la société. Même lorsqu’apparaît l’idée, parfois évoquée dans certains espaces incels, d’un système collectiviste où l’État fournirait une compagne aux hommes, cela reste très peu structuré, très peu réfléchi, et rarement formulé comme un projet politique cohérent.
En France, les faits restent très limités. On peut néanmoins citer plusieurs cas récents. En 2024, une arrestation en Gironde concerne un individu qui projetait une attaque pour « célébrer » les dix ans de l’attaque d’Isla Vista, le 23 mai. C’est le premier cas récent clairement identifié.
En février 2025, à Annecy, un individu diffuse un live sur TikTok dans lequel il annonce vouloir attaquer des femmes au couteau dans la rue. Il est interpellé très rapidement par la gendarmerie, après avoir été blessé par balle. Le délai entre le signalement et l’interpellation est de huit minutes, ce qui est exceptionnel. Le signalement passe par Internet, remonte à Pharos[1], redescend vers la brigade locale, qui connaît le terrain et intervient immédiatement.
On peut également mentionner l’interpellation à Saint-Étienne d’un individu de 17 ans, à proximité d’un lycée, possédant un couteau et exprimant l’intention d’attaquer de jeunes femmes. L’affaire a été initialement qualifiée de terroriste, sans que l’on sache avec certitude si cette qualification a été maintenue.
À l’échelle européenne, il est difficile de dresser un tableau clair. Il existe quelques cas, comme l’attaque de Plymouth au Royaume-Uni en 2021, mais on reste sur des faits très isolés. On ne peut pas parler d’un mouvement structuré ni d’une stratégie coordonnée. Chaque passage à l’acte est très personnel, avec des motivations et des cibles variables.
Concernant l’extrémisme violent nihiliste, on est sur un phénomène encore plus complexe à définir. Il s’agit d’un phénomène relativement nouveau, apparu principalement après la crise Covid. Il regroupe une série de communautés en ligne dont le point commun central est la fascination pour la violence.
Ces groupes sont majoritairement composés de mineurs. Ils sont très largement décentralisés et fonctionnent presque exclusivement en ligne, même si des rencontres physiques peuvent avoir lieu. Les motivations ne sont pas d’ordre idéologiques. Il n’y a pas de projet de société, ni de volonté de transformation politique. L’objectif est la violence elle-même, la destruction, et la dégradation. C’est en cela qu’on parle de nihilisme.
La violence est le seul message. Elle est à la fois un objectif et un moyen de reconnaissance au sein du groupe. Les formes de violence évoluent beaucoup. On observe des attaques physiques, notamment au couteau, comme en Suède récemment, mais surtout des formes de violence numériques extrêmement graves, en particulier l’extorsion sexuelle en ligne.
Des victimes, souvent mineures, sont piégées sur la toile. Des contenus compromettants sont récupérés, puis utilisés pour exercer un chantage. Les victimes sont contraintes de commettre des actes de plus en plus dégradants, comme des violences contre des proches ou des animaux (automutilations, brûlures, actes sexuels filmés, etc.). Ces contenus sont ensuite archivés, partagés dans des « lorebooks », et servent de capital symbolique. En effet, plus un individu parvient à dégrader sa victime, plus il gagne en statut dans la hiérarchie du groupe.
On observe également une forte esthétique de la violence. Ces communautés réutilisent des symboles issus de l’ultra-droite, parfois du djihadisme. Il ne s’agit pas d’adhésion idéologique, mais d’une fascination pour l’imaginaire violent et transgressif.
En France, deux affaires majeures illustrent ce phénomène. En 2021, à Antibes, l’interpellation de Rohane Rane, poursuivi pour avoir poussées au suicide ou contraintes à des actes particulièrement dégradants au moins six victimes mineures, principalement en Amérique du Nord. L’une des victimes, mineure, a été contrainte de se masturber avec un cactus.
À Évreux, un individu d’une vingtaine d’années a été interpellé pour diffusion de matériel pédopornographique, extorsion sexuelle sur une cinquantaine de jeunes femmes, et actes de cruauté sur des animaux, dont la mise à mort et la décapitation d’animaux de compagnie dans son quartier.
La difficulté majeure de qualification de ce phénomène tient à l’absence totale d’objectif idéologique. On ne cherche pas à créer un ordre nouveau, mais à détruire. S’ajoute à cela le fait que les auteurs sont souvent très jeunes. Ainsi, ils écopent de peines courtes et ressortent rapidement.
Le spécialiste de ces questions, Marc-André Argentino, recense des cas dans au moins 31 pays depuis 2020, pour un total estimé à environ 1 500 victimes, incluant extorsions sexuelles, agressions, et assassinats. Pour un phénomène décentralisé, c’est un chiffre extrêmement élevé. Le dernier acteur violent comparable en termes de volume de victimes était l’État islamique.
Les groupes les plus connus sont le réseau 764 et l’Ordre des Neuf Angles, ce dernier ayant été récemment désigné comme une organisation terroriste par la Nouvelle-Zélande et le Canada. On observe enfin une connexion récurrente entre ces milieux et les violences en milieu scolaire.
Dans cette fascination pour la violence, a-t-on observé des liens, non pas idéologiques mais plutôt pragmatiques, avec des individus affiliés à l’idéologie djihadiste ?
On observe clairement une reprise massive de contenus djihadistes au sein des milieux de l’extrémisme violent nihiliste, mais cela ne signifie pas pour autant une adhésion idéologique au djihadisme.
On peut constater des repartages de vidéos parmi les plus violentes produites par l’État islamique. Ces vidéos circulent abondamment dans les sphères nihilistes, au même titre que d’autres contenus violents issus d’autres mouvances. On observe, par exemple, la reprise très fréquente de vidéos de fusillades issues de l’ultra-droite, comme celles de Christchurch ou de Buffalo. Ce qui compte ici, ce n’est pas le message politique ou religieux, mais l’intensité de la violence montrée.
Les vidéos de l’État islamique ont, de ce point de vue, une place particulière parce qu’elles ont longtemps constitué une forme de référence en matière de mise en scène de la violence extrême. Elles sont reprises, montées, remixées, parfois sorties de tout contexte idéologique. Elles deviennent des objets esthétiques de violence, pas des supports doctrinaux.
En revanche, si l’on parle de connexions directes, structurées, idéologiques ou organisationnelles entre l’extrémisme violent nihiliste et des groupes djihadistes, on n’en observe pas réellement. Il n’y a pas de coopération organisée, pas de stratégie commune, pas de convergence doctrinale.
Il existe néanmoins quelques cas très spécifiques, marginaux, mais suffisamment troublants pour être signalés. Le cas le plus emblématique est celui d’Ethan Melzer, un militaire américain interpellé en 2019. Il s’était revendiqué membre de l’Ordre des Neuf Angles, un groupe sataniste d’extrême droite souvent associé aux dynamiques nihilistes.
L’un des principes centraux de l’Ordre des Neuf Angles est l’infiltration d’organisations afin de les détruire de l’intérieur. Ethan Melzer, alors déployé sur une base américaine en Italie et censé partir au Moyen-Orient avec son unité, a tenté de transmettre à des contacts affiliés à l’État islamique les coordonnées de déplacement de son unité, dans l’objectif explicite de provoquer une attaque djihadiste contre ses propres camarades. L’idée était de sacrifier son unité au profit de son engagement idéologique.
Il a été interpellé avant que le projet n’aboutisse et condamné à quarante-cinq ans de prison. C’est un cas extrêmement rare, mais il est documenté de manière très précise dans un rapport du département de la Justice américain.
Ce type de cas illustre bien la nature particulière de ces connexions. Il ne s’agit pas de connexion idéologique, mais d’un usage instrumental du djihadisme comme vecteur de violence. L’État islamique devient alors un outil, un moyen parmi d’autres, au service d’une logique de destruction.
On est donc face à des croisements opportunistes et marginaux, mais révélateurs d’un paysage violent de plus en plus fragmenté, où les frontières idéologiques comptent parfois moins que la recherche de la violence la plus spectaculaire possible.
En quoi l’usage des nouvelles technologies, notamment des drones et de l’intelligence artificielle, représente-t-il des risques supplémentaires majeurs pour la sécurité nationale ? Comment ces technologies sont-elles utilisées par les groupes terroristes ?
De manière générale, l’usage des nouvelles technologies constitue toujours un risque supplémentaire. Les groupes terroristes, quelle que soit leur idéologie, sont par nature opportunistes. Ils cherchent en permanence les modes d’action les plus efficaces et les outils technologiques susceptibles de leur donner un avantage opérationnel, symbolique ou médiatique.
Concernant l’intelligence artificielle, ce que l’on observe en premier lieu, c’est son utilisation pour la production et la diffusion de contenus. L’IA permet de créer plus vite, de produire davantage et de diffuser à grande échelle. Elle est utilisée à des fins de propagande, aussi bien par des groupes structurés que par des acteurs isolés. On voit apparaître des contenus générés par IA qui sont ensuite massivement relayés sur les plateformes numériques.
On a également identifié des cas plus inquiétants, où l’IA joue un rôle dans des processus de radicalisation ou de passage à l’acte. Il existe des situations où l’interaction prolongée avec une intelligence artificielle contribue à renforcer des croyances violentes ou à légitimer une action. Je pense notamment à la tentative d’assassinat de la reine d’Angleterre en 2021 par un adolescent indien. Ce dernier a développé une relation intime avec l'IA, qu'il considérait comme sa petite amie, et à qui il expliquait qu'il était un guerrier sikh. Il a été interpellé alors qu’il tentait de passer à l’acte.
On observe également des usages plus directs, liés à la préparation d’actions violentes. Des individus, parfois pour des raisons idéologiques, parfois sans motivation claire, interrogent des IA pour obtenir des conseils, des scénarios ou des plans d’action. Un exemple marquant est celui de Las Vegas, en janvier 2025, où un individu a fait exploser un Cybertruck devant le Trump Casino. Il avait, en amont, demandé à une intelligence artificielle comment mener ce type d’action.
S’agissant des drones, leur utilisation par des groupes terroristes est déjà une réalité, principalement en Afrique et au Moyen-Orient. Je reste prudent sur ce point, car ce n’est pas ma zone de spécialisation, mais on y observe des attaques notamment sous forme d’essaims ou de largages de charges explosives.
Ce qui inquiète particulièrement les services de sécurité en Occident, c’est la perspective de l’utilisation d’un drone équipé d’un système de largage et d’un engin explosif dans un contexte de tuerie de masse. C’est une question qui revient systématiquement dès que l’on travaille sur les scénarios de menaces. À ce stade, aucun cas avéré n’a été observé en France.
Cependant, plusieurs éléments nourrissent une inquiétude croissante. Le premier est l’existence d’un véritable territoire d’expérimentation avec le conflit russo-ukrainien. Des militants européens, notamment issus de l’ultra-droite s’y sont rendus. Ils y acquièrent des compétences techniques, notamment dans l’usage des drones, qui finiront par se diffuser lorsqu’ils rentreront.
Le second élément concerne des affaires concrètes observées récemment en Europe. Deux arrestations ont eu lieu en mars 2025 : en Seine et Marne pour un projet d'attaque et à Beauvais où un individu a été interpellé alors qu’il tentait de livrer un iPhone et un couteau par drone à un détenu djihadiste incarcéré à la prison de Beauvais.
Plus inquiétant encore, en octobre 2024, à Anvers, trois individus djihadistes ont été arrêtés en possession d’un drone, d’un système de largage et d’un dispositif explosif qui semblait fonctionnel. Leur cible présumée était le Premier ministre belge, Bart de Wever.
Ces cas restent rares, mais ils montrent que l’usage du drone dans un cadre terroriste n’est plus théorique. On commence à voir apparaître des dispositifs techniquement opérationnels, même si leur mise en œuvre reste marginale.
À l’aune des tensions récurrentes entre les forces kurdes et l’armée syrienne dans les zones où sont détenus des membres de l’État islamique, quels risques le scénario d’un retour massif de ressortissants occidentaux fait-il peser ? Quelles implications spécifiques cela pourrait-il avoir pour la France ?
Je vais être prudent sur cette question, parce que ce n’est pas mon cœur de spécialisation géographique. Néanmoins, il y a une inquiétude réelle.
La question centrale, c’est celle de la destination de ces individus s’ils venaient à être libérés ou à s’échapper. Contrairement à la génération afghane des années 1980-1990, ils n’ont pas vraiment la possibilité de rester sur place durablement. Donc, une fois sortis de détention, deux options principales se présentent.
La première, c’est de rejoindre d’autres terres de djihad. Cela peut être le Caucase, l’Afghanistan, l’Asie centrale, voire d’autres zones plus éloignées. La seconde option, évidemment, c’est le retour sur le territoire national, notamment en Europe et en France.
C’est un scénario qui inquiète fortement les services de sécurité. Il y a aujourd’hui une très grande vigilance pour éviter que ces retours se fassent dans des conditions non maîtrisées.
À ce stade, je ne considère pas qu’il s’agisse d’une menace immédiate. On n’est pas sur une menace à court terme. En revanche, c’est clairement une menace à moyen terme, à l’horizon de deux à trois ans. Dans le vocabulaire du ministère de l’Intérieur, on parle d’un risque situé dans le moyen terme, ce qui reste relativement proche et impose une anticipation sérieuse.
Outre la réponse sécuritaire, quels leviers vous semblent pertinents pour lutter efficacement contre les idéologies appelant à la violence terroriste ?
Il faut d’abord distinguer deux problématiques différentes, qui sont souvent confondues.
La première, c’est la violence terroriste elle-même. À cette violence, la réponse est avant tout sécuritaire et judiciaire. C’est relativement simple à formuler, même si ce n’est jamais simple à mettre en œuvre. On a des outils, des procédures, des cadres juridiques. C’est une réponse réactive, nécessaire, et indispensable.
La seconde problématique, beaucoup plus complexe, c’est celle de la radicalisation au sens large. Là, on ne peut pas se contenter d’une réponse uniquement sécuritaire ou judiciaire, même si ces dimensions restent présentes.
La lutte contre la radicalisation suppose des réponses sociales, politiques, culturelles, et éducatives. Cela nécessite une analyse fine des mécanismes d’engagement, une capacité à sortir de biais idéologiques et à accepter la complexité du phénomène.
Je suis personnellement très réservé sur les politiques de déradicalisation telles qu’elles ont été pensées et mises en œuvre jusqu’à présent. Elles me paraissent, dans l’ensemble, peu efficaces, voire largement surestimées dans leurs effets réels.
Si l’on veut être sérieux sur ces sujets, il faut accepter que l’on parle de politiques de long terme. Une approche globale est déjà difficile à construire. Elle s’inscrit dans le temps long. La violence terroriste et la radicalisation sont des phénomènes qui s’inscrivent sur des horizons de vingt-cinq à trente ans au minimum.
Si les plans d’action sont conçus sur quatre ou cinq ans, on se condamne à produire des réponses partielles et peu efficaces. Il y a un décalage structurel entre le temps politique et le temps du phénomène.
La violence terroriste est un phénomène réel, durable, qu’il faut prendre au sérieux, sans le surestimer ni le minimiser. C’est dans cet équilibre difficile que doivent s’inscrire les politiques publiques.
Propos recueillis par Hugo Champion
[1] « PHAROS est la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d'orientation des signalements, qui permet de signaler en ligne les contenus et comportements illicites de l'internet. » préfecture du Haut-Rhin.